Inconnu
Proverbe chinois.
Alexandre DUMAS
J. L. FOURNIER (Mon dernier cheveu noir)
Xavier de Maistre
Laure CONAN
?
Une robe de femme, doit être comme une plaidoirie : assez longue pour couvrir le sujet, assez courte pour être suivie.
(Anonyme)Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent; les autres sont célibataires.
Charles Baudelaire
Pierre DAC
Emily DICKINSON
Albert MEMMI
"Une Question est stupide tant qu'elle n'est pas posée"
Proverbe chinois...EDITORIAL 3
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CARROUSEL SUR LA MER
Précédemment : Il n'y avait plus sur la mer de cris, de chants ou de bruits d'avirons. Le calme de la nuit s'abattit sur la flottille. Il ne restait plus qu'à attendre.
Léonard n'aimait pas jouer aux cartes et il fut vite las de ses promenades avec Pequelme sur le pont du Jean-Antoine. D'autre part, on l'a dit, sa solitude sur la Murène lui pesait. Il trouva une distraction nouvelle. Deux fois par jour, il prenait le youyou et s'en allait à deux milles de là sur les hauts-fonds rocheux qui s'étalaient devant Sidi Jmil. Il y pêchait, à la palangre, des sars aux flancs gris bleu, rayés de noir, des pageots rougeâtres, des raspaillons, guère plus larges que la paume de la main, et des ronfleurs à la nageoire dorsale armée d'épines. Le soir, il ramenait son panier de poissons sur la Murène, ou bien sur le Jean-Antoine où il s'invitait sans façons à dîner. On les écaillait et on les vidait, puis on les jetait, tout frémissants encore, dans une grande bassine d'huile bouillante. Ils sortaient de là un instant après, raidis et dorés par la cuisson, et c'était un régal que de les manger debout, sur le pouce, saupoudrés de sel et de poivre, face à l'immensité de l'ouest et au ciel profond où s'accrochaient les premières étoiles. Un soir, Léonard revenait de la pêche, seul, à son habitude, sur le youyou. La fantaisie lui prit d'aller voir les hommes qui montaient la garde à l'entrée du « topo ». Comme il longeait le bras de terre de la madrague, son panier à poissons qu'il avait laissé à l'avant du youyou au lieu de le garer entre ses jambes, fila par-dessus bord. Léonard, surpris, eut pour une fois un réflexe maladroit. Il se leva d'un bloc, se retourna et se pencha au-dessus de l'eau pour rattraper le panier. A peine avait-il penché le corps hors du youyou qu'il se rendit compte de son imprudence. Mais il était trop tard ! L'aviron de tribord, entraîné par la course, le heurtait aux jambes, accentuant son déséquilibre. Léonard passa par-dessus bord. Il était bon nageur et ce n'étaient ni les espadrilles ni les vêtements légers, qu'il portait qui pouvaient le gêner. Ce fut un jeu pour lui que de récupérer son panier, vide, naturellement, et de grimper dans le youyou. Un coup d'œil au ponton, distant seulement d'un demi-mille, le rassura. Personne n'avait été témoin de sa mésaventure. « Heureusement, songea-t-il. De quelles plaisanteries m'auraient-ils abreuvé pendant des semaines ! » Il reprit les avirons et rejoignit la Murène en forçant sa cadence. Il se sentait glacé jusqu'aux os. « Je vieillis, pensa-t-il, et mon corps ne réagit plus comme autrefois aux intempéries. » Combien de fois était-il demeuré pendant des heures sous des vêtements trempés ! Des souvenirs remontaient à sa mémoire : les pluies d'hiver de Roussines, lourdes, glacées et tenaces, quand il gardait les deux vaches de son père, pieds nus dans des galoches de bois, le dos protégé par un vieux sac de jute ; les soirs de garde à la caserne de Rochefort, sous la capote d'uniforme gorgée du brouillard épais qui s'abattait du ciel et rejoignait celui monté des bords fangeux de la Charente. Et pas si loin que cela, en Italie, le trou d'homme devant les lignes allemandes, où il était resté deux jours, de l'eau jusqu'aux genoux. Il tenait bien le coup, à ce moment-là ! Et maintenant, il suffisait d'un bain dans l'Océan, au cœur du printemps marocain, pour qu'il se sentît tout refroidi et au bord du rhume ! Peut-être couvait-il un accès de paludisme ? A tout hasard, il prit un cachet de quinine. Mais l'impression de froid persista, plus, après tout, dans son esprit que dans sa chair. Ce fut elle qui le mit sur le chemin de la vérité. C'était un froid anormal, excessif, si l'on tenait compte du lieu et du climat. Il se rappela que, quelques jours auparavant, il avait poussé son youyou jusqu'à la plage qui s'étendait au sud de Sidi Jmil et qu'il s'y était baigné. Le bain lui avait paru agréable. Il n'avait pas trouvé l'impression réfrigérante qu'il avait ressentie la veille. Alors ? Ce n'est tout de même pas possible, pensa-t-il. La madrague est à six milles de la côte. Il ne peut y avoir, entre les deux endroits, une telle différence de température ! » Mais l'idée était là, tenace, qui ne lui laissait aucun repos. Il dormit mal et se leva avant le jour. Un brouillard léger flottait sur la mer, où s'estompaient les silhouettes des chalutiers. Léonard sauta dans le youyou et gagna le Jean-Antoine. Tout était calme à bord.
Extrait du livre de Jacques FREZIGNAC "Carrousel sur la mer". et merci à Michèle PONCE pour m'avoir offert ce livre.
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CARROUSEL SUR LA MER
Précédemment : Il n'y avait plus sur la mer de cris, de chants ou de bruits d'avirons. Le calme de la nuit s'abattit sur la flottille. Il ne restait plus qu'à attendre.
Léonard n'aimait pas jouer aux cartes et il fut vite las de ses promenades avec Pequelme sur le pont du Jean-Antoine. D'autre part, on l'a dit, sa solitude sur la Murène lui pesait. Il trouva une distraction nouvelle. Deux fois par jour, il prenait le youyou et s'en allait à deux milles de là sur les hauts-fonds rocheux qui s'étalaient devant Sidi Jmil. Il y pêchait, à la palangre, des sars aux flancs gris bleu, rayés de noir, des pageots rougeâtres, des raspaillons, guère plus larges que la paume de la main, et des ronfleurs à la nageoire dorsale armée d'épines. Le soir, il ramenait son panier de poissons sur la Murène, ou bien sur le Jean-Antoine où il s'invitait sans façons à dîner. On les écaillait et on les vidait, puis on les jetait, tout frémissants encore, dans une grande bassine d'huile bouillante. Ils sortaient de là un instant après, raidis et dorés par la cuisson, et c'était un régal que de les manger debout, sur le pouce, saupoudrés de sel et de poivre, face à l'immensité de l'ouest et au ciel profond où s'accrochaient les premières étoiles. Un soir, Léonard revenait de la pêche, seul, à son habitude, sur le youyou. La fantaisie lui prit d'aller voir les hommes qui montaient la garde à l'entrée du « topo ». Comme il longeait le bras de terre de la madrague, son panier à poissons qu'il avait laissé à l'avant du youyou au lieu de le garer entre ses jambes, fila par-dessus bord. Léonard, surpris, eut pour une fois un réflexe maladroit. Il se leva d'un bloc, se retourna et se pencha au-dessus de l'eau pour rattraper le panier. A peine avait-il penché le corps hors du youyou qu'il se rendit compte de son imprudence. Mais il était trop tard ! L'aviron de tribord, entraîné par la course, le heurtait aux jambes, accentuant son déséquilibre. Léonard passa par-dessus bord. Il était bon nageur et ce n'étaient ni les espadrilles ni les vêtements légers, qu'il portait qui pouvaient le gêner. Ce fut un jeu pour lui que de récupérer son panier, vide, naturellement, et de grimper dans le youyou. Un coup d'œil au ponton, distant seulement d'un demi-mille, le rassura. Personne n'avait été témoin de sa mésaventure. « Heureusement, songea-t-il. De quelles plaisanteries m'auraient-ils abreuvé pendant des semaines ! » Il reprit les avirons et rejoignit la Murène en forçant sa cadence. Il se sentait glacé jusqu'aux os. « Je vieillis, pensa-t-il, et mon corps ne réagit plus comme autrefois aux intempéries. » Combien de fois était-il demeuré pendant des heures sous des vêtements trempés ! Des souvenirs remontaient à sa mémoire : les pluies d'hiver de Roussines, lourdes, glacées et tenaces, quand il gardait les deux vaches de son père, pieds nus dans des galoches de bois, le dos protégé par un vieux sac de jute ; les soirs de garde à la caserne de Rochefort, sous la capote d'uniforme gorgée du brouillard épais qui s'abattait du ciel et rejoignait celui monté des bords fangeux de la Charente. Et pas si loin que cela, en Italie, le trou d'homme devant les lignes allemandes, où il était resté deux jours, de l'eau jusqu'aux genoux. Il tenait bien le coup, à ce moment-là ! Et maintenant, il suffisait d'un bain dans l'Océan, au cœur du printemps marocain, pour qu'il se sentît tout refroidi et au bord du rhume ! Peut-être couvait-il un accès de paludisme ? A tout hasard, il prit un cachet de quinine. Mais l'impression de froid persista, plus, après tout, dans son esprit que dans sa chair. Ce fut elle qui le mit sur le chemin de la vérité. C'était un froid anormal, excessif, si l'on tenait compte du lieu et du climat. Il se rappela que, quelques jours auparavant, il avait poussé son youyou jusqu'à la plage qui s'étendait au sud de Sidi Jmil et qu'il s'y était baigné. Le bain lui avait paru agréable. Il n'avait pas trouvé l'impression réfrigérante qu'il avait ressentie la veille. Alors ? Ce n'est tout de même pas possible, pensa-t-il. La madrague est à six milles de la côte. Il ne peut y avoir, entre les deux endroits, une telle différence de température ! » Mais l'idée était là, tenace, qui ne lui laissait aucun repos. Il dormit mal et se leva avant le jour. Un brouillard léger flottait sur la mer, où s'estompaient les silhouettes des chalutiers. Léonard sauta dans le youyou et gagna le Jean-Antoine. Tout était calme à bord.
Extrait du livre de Jacques FREZIGNAC "Carrousel sur la mer". et merci à Michèle PONCE pour m'avoir offert ce livre.
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