Inconnu
Proverbe chinois.
Alexandre DUMAS
J. L. FOURNIER (Mon dernier cheveu noir)
Xavier de Maistre
Laure CONAN
?
Une robe de femme, doit être comme une plaidoirie : assez longue pour couvrir le sujet, assez courte pour être suivie.
(Anonyme)Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent; les autres sont célibataires.
Charles Baudelaire
Pierre DAC
Emily DICKINSON
Albert MEMMI
"Une Question est stupide tant qu'elle n'est pas posée"
Proverbe chinois...EDITORIAL 2
CARROUSEL SUR LA MER
Précédemment : Léonard et les autres, dans le poste d'équipage ou sur le pont, tous confiants... Et alors... il faillit se lever et hurler.
Ah ! Surtout ne pas penser à cela ! Ne pas penser à ce qui allait suivre. Il le fallait ! C'était indispensable. Il se le répétait à voix haute pour s'encourager : « C'est indispensable, indispensable... » • Quand la nuit tomba tout était prêt. A cinq cents mètres plus au sud du pylône qui supportait le feu vert il avait dressé sa perche enfoncée entre deux rochers. A son extrémité se balançait un fanal vert qu'il avait emprunté à la réserve du Jean-Antoine. Le fil pendait et traînait sur le sol, prêt à être branché sur la batterie. Et Gonzalvès attendit. Accroupi derrière un des gros blocs de pierres de la jetée il entendait les bruits calmes de la nuit : le ressac des vagues sur les rochers, les cris des derniers goélands qui paraissaient se poursuivre dans le ciel, le ronflement lointain des automobiles qui passaient là-bas, de l'autre côté du fleuve, et dont il voyait les phares apparaître puis s'engloutir dans le noir, au hasard des sinuosités de la route. Il vit le bateau-pilote se détacher du quai de Mehdia. Il entendit le battement puissant de ses moteurs. Ses feux de position, au ras de l'eau noire, s'en allèrent vers le large où l'attendait un cargo. Une demi-heure plus tard celui-ci passa devant Gonzalvès. Les hublots étaient éclairés, et on distinguait à l'intérieur des silhouettes mouvantes. Le bateau-pilote revint prendre sa place le long du quai et ses lumières s'éteignirent. Un à un, les signes de l'activité humaine s'estompèrent puis disparurent. Le calme puissant de la nuit s'établit, troublé seulement par le bruit de l'eau. « Il est onze heures, pensa Gonzalvès, et la marée est à son maximum. » Aucun cargo ne demanderait plus le pilote maintenant. La rade était vide. Seule viendrait la Murène. Les minutes passèrent, puis les heures, Gonzalvès, saisi par l'humidité de la nuit, grelottait au pied de son rocher. Il alluma sa lampe de poché et jeta un coup d'œil à sa montre : 1 heure. Que faisait Léonard ? Il se sentit à la fois atterré et soulagé à la pensée que, peut-être, la Murène ne viendrait pas. L'heure de la pleine mer était depuis longtemps passée. Les masses d'eau du fleuve, retenues tout à l'heure par la poussée de l'Océan, se sentaient maintenant libérées. Elles couraient en grondant vers l'embouchure, parcourues de remous et de tourbillons. C'était mieux ainsi, pensait Gonzalvês. Trompée par la position du nouveau feu vert, la Murène irait se jeter sur l'épave du Saint-Gilles, ce vieux cargo coulé au moment du débarquement des Américains, en 1942, cette masse de ferraille incrustée dans la vase et dont on n'avait jamais pu débarrasser le lit du fleuve. La Murène s'ouvrirait là-dessus comme une pastèque trop mûre. Personne n'en réchapperait, c'était certain. Ces vieux bateaux, cela coule trop vite pour permettre aux secours d'arriver, surtout la nuit. Il se rappelait un chalutier espagnol qui, deux ans auparavant, avait abordé le bateau-pilote. Il ne lui avait fallu que deux minutes pour disparaître. C'est à peine si son équipage avait eu le temps de sauter à bord du bateau-pilote. Un scaphandrier était venu le sur-lendemain pour repérer l'emplacement de l'épave et voir si elle pouvait être renflouée. Eh bien, il n'avait rien trouvé. Plus d'épave ! La force du courant était telle que la coque avait été démantelée et ses débris emportés au large. En cherchant bien on avait tout de même retrouvé le moteur. Gonzalvès se leva et se battit les flancs. Il faisait froid. Il regarda vers l'Océan et il aperçut une petite lumière. Elle avançait vers la côte, très lentement, et elle était encore si lointaine qu'elle paraissait clignoter. Gonzalvès se sentit plein d'une volonté sauvage que rien ne pourrait faire plier. Il ramassa son sac et courut vers le pylône. Il retira du sac une forte pince dont les poignées étaient enveloppées de caoutchouc. Il s'accroupit et ses doigts rampèrent à la base du pylône. à la recherche du câble électrique. Au-dessus de lui le signal répandait sa nappe de lumière verte. Brusquement elle disparut, tandis qu'une gerbe d'étincelles semblait jaillir du sol. Gonzalvès se releva et se mit à courir vers la batterie du camion. Le cœur lui battait à se rompre. Il brancha sur les cosses les fils qui pendaient de la perche. Le fanal vert s'alluma au-dessus de sa tête. Le vent le balançait très faiblement. Le piège était appâté. C'est sur ce feu qu'allait maintenant se diriger Léonard, sur ce feu et aussi sur l'épave du Saint-Gilles. Ce fut à ce moment-là que la Murène se présenta à l'embouchure du fleuve.
Extrait du livre de Jacques FREZIGNAC "Carrousel sur la mer". et merci à Michèle PONCE pour m'avoir offert ce livre.
Vous pouvez réagir ICI
CARROUSEL SUR LA MER
Précédemment : Léonard et les autres, dans le poste d'équipage ou sur le pont, tous confiants... Et alors... il faillit se lever et hurler.
Ah ! Surtout ne pas penser à cela ! Ne pas penser à ce qui allait suivre. Il le fallait ! C'était indispensable. Il se le répétait à voix haute pour s'encourager : « C'est indispensable, indispensable... » • Quand la nuit tomba tout était prêt. A cinq cents mètres plus au sud du pylône qui supportait le feu vert il avait dressé sa perche enfoncée entre deux rochers. A son extrémité se balançait un fanal vert qu'il avait emprunté à la réserve du Jean-Antoine. Le fil pendait et traînait sur le sol, prêt à être branché sur la batterie. Et Gonzalvès attendit. Accroupi derrière un des gros blocs de pierres de la jetée il entendait les bruits calmes de la nuit : le ressac des vagues sur les rochers, les cris des derniers goélands qui paraissaient se poursuivre dans le ciel, le ronflement lointain des automobiles qui passaient là-bas, de l'autre côté du fleuve, et dont il voyait les phares apparaître puis s'engloutir dans le noir, au hasard des sinuosités de la route. Il vit le bateau-pilote se détacher du quai de Mehdia. Il entendit le battement puissant de ses moteurs. Ses feux de position, au ras de l'eau noire, s'en allèrent vers le large où l'attendait un cargo. Une demi-heure plus tard celui-ci passa devant Gonzalvès. Les hublots étaient éclairés, et on distinguait à l'intérieur des silhouettes mouvantes. Le bateau-pilote revint prendre sa place le long du quai et ses lumières s'éteignirent. Un à un, les signes de l'activité humaine s'estompèrent puis disparurent. Le calme puissant de la nuit s'établit, troublé seulement par le bruit de l'eau. « Il est onze heures, pensa Gonzalvès, et la marée est à son maximum. » Aucun cargo ne demanderait plus le pilote maintenant. La rade était vide. Seule viendrait la Murène. Les minutes passèrent, puis les heures, Gonzalvès, saisi par l'humidité de la nuit, grelottait au pied de son rocher. Il alluma sa lampe de poché et jeta un coup d'œil à sa montre : 1 heure. Que faisait Léonard ? Il se sentit à la fois atterré et soulagé à la pensée que, peut-être, la Murène ne viendrait pas. L'heure de la pleine mer était depuis longtemps passée. Les masses d'eau du fleuve, retenues tout à l'heure par la poussée de l'Océan, se sentaient maintenant libérées. Elles couraient en grondant vers l'embouchure, parcourues de remous et de tourbillons. C'était mieux ainsi, pensait Gonzalvês. Trompée par la position du nouveau feu vert, la Murène irait se jeter sur l'épave du Saint-Gilles, ce vieux cargo coulé au moment du débarquement des Américains, en 1942, cette masse de ferraille incrustée dans la vase et dont on n'avait jamais pu débarrasser le lit du fleuve. La Murène s'ouvrirait là-dessus comme une pastèque trop mûre. Personne n'en réchapperait, c'était certain. Ces vieux bateaux, cela coule trop vite pour permettre aux secours d'arriver, surtout la nuit. Il se rappelait un chalutier espagnol qui, deux ans auparavant, avait abordé le bateau-pilote. Il ne lui avait fallu que deux minutes pour disparaître. C'est à peine si son équipage avait eu le temps de sauter à bord du bateau-pilote. Un scaphandrier était venu le sur-lendemain pour repérer l'emplacement de l'épave et voir si elle pouvait être renflouée. Eh bien, il n'avait rien trouvé. Plus d'épave ! La force du courant était telle que la coque avait été démantelée et ses débris emportés au large. En cherchant bien on avait tout de même retrouvé le moteur. Gonzalvès se leva et se battit les flancs. Il faisait froid. Il regarda vers l'Océan et il aperçut une petite lumière. Elle avançait vers la côte, très lentement, et elle était encore si lointaine qu'elle paraissait clignoter. Gonzalvès se sentit plein d'une volonté sauvage que rien ne pourrait faire plier. Il ramassa son sac et courut vers le pylône. Il retira du sac une forte pince dont les poignées étaient enveloppées de caoutchouc. Il s'accroupit et ses doigts rampèrent à la base du pylône. à la recherche du câble électrique. Au-dessus de lui le signal répandait sa nappe de lumière verte. Brusquement elle disparut, tandis qu'une gerbe d'étincelles semblait jaillir du sol. Gonzalvès se releva et se mit à courir vers la batterie du camion. Le cœur lui battait à se rompre. Il brancha sur les cosses les fils qui pendaient de la perche. Le fanal vert s'alluma au-dessus de sa tête. Le vent le balançait très faiblement. Le piège était appâté. C'est sur ce feu qu'allait maintenant se diriger Léonard, sur ce feu et aussi sur l'épave du Saint-Gilles. Ce fut à ce moment-là que la Murène se présenta à l'embouchure du fleuve.
Extrait du livre de Jacques FREZIGNAC "Carrousel sur la mer". et merci à Michèle PONCE pour m'avoir offert ce livre.
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