Inconnu
Proverbe chinois.
Alexandre DUMAS
J. L. FOURNIER (Mon dernier cheveu noir)
Xavier de Maistre
Laure CONAN
?
Une robe de femme, doit être comme une plaidoirie : assez longue pour couvrir le sujet, assez courte pour être suivie.
(Anonyme)Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent; les autres sont célibataires.
Charles Baudelaire
Pierre DAC
Emily DICKINSON
Albert MEMMI
"Une Question est stupide tant qu'elle n'est pas posée"
Proverbe chinois...EDITORIAL 2
"Le Maroc de ma jeunesse" L. Trojman.

Précédemment : Je le savais honnête et très pointilleux des convenances. Le lendemain, il vint à ma rencontre sans enthousiasme, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
-Quelle mine, mes aïeux ? Vous avez avalé une couleuvre, Roger ?
Rongé par le remord, il hésita un moment. Je l'encourage d'un sourire avenant.
-Rien de sérieux, j'espère ?
Il balbutia entre ses dents des mots indicibles que je compris à peine :
-Que dites-vous ? Ai-je mal entendu ?
Une conversation s'ensuivit sans que je puisse comprendre un traitre mot.
-Je suis désolé.
-Pourquoi êtes-vous désolé ?
-Je ne saurais vous le dire !
-Dites-le toujours ?
Il était au supplice et j'eus pitié de lui.
-Est-ce si grave de m'expliquer ce qui vous arrive ?
-Oui ! Vous avez eu confiance en moi ! Il ne fallait pas.
J'ai ouvert la lettre que vous m'avez confiée ! Stupéfaite, je restai un moment sans voix, une petite colère au fond des yeux.
-Qu'est-ce que j'entends? Dis-je avec un trémolo dans la voix. Loin de ma pensée d'imaginer qu'il pouvait se rendre coupable d'un abus de confiance.
-L'avez-vous postée, au moins !
-Oui ! Je l'ai refermée et mise à la boîte.
-Êtes-vous satisfait de son contenu ? C'est juste un filleul de guerre, vous savez !
Il baissa la tête, fuyant mon regard. Son air malheureux me parut une sentence sévère qu'il s'infligeait. Honteux de son geste, il me fit des excuses que j'acceptai facilement. Mais pourquoi diable m'avoua-t-il son méfait ? Un autre, à sa place, aurait gardé le secret. Pourquoi risquer de perdre une amitié ? Je fus séduite par son honnêteté. Sourire aux lèvres, je commençai à comprendre son état d'âme. Il savait que mon amitié était sincère ; je lui vouai une affection fraternelle. Jamais je n'aurais pu supposer que notre amitié était en danger. Le régiment La Coloniale attendait toujours un ordre de départ vers les fronts. Les combats s'intensifiaient de plus belle pour déloger l'ennemi du territoire français. Roger B. attendait toujours son ordre de départ pour une destination dont il était le seul à savoir. Un samedi matin, très tôt, le clairon, joué par un soldat sénégalais, nous réveilla en sursaut. C'était une de ces matinées qui nous invitait à la somnolence. Une journée de repos et de promenade. Que se passe-t-il chez nos voisins ? Quelque chose d'insolite nous met en éveil. Dans la cour de la caserne il y a un branle-bas à vous couper le souffle. Curieuses, nous voilà au-dessus du parapet. Toute une section de la coloniale, au garde à vous, entoure le drapeau tricolore. Tous les matins à l'aube, le clairon sonne le réveil des braves en hissant le drapeau aux trois couleurs, en présence de la garde d'honneur, quatre soldats au garde à vous ! Mais ce matin-là, ce n'était pas du tout la même sonnerie ! Une cérémonie à l'échelle du régiment se préparait sous nos yeux. Nous pouvions y assister, même derrière la clôture. Une vive émotion me prit à la gorge. Pour qui ce remue-ménage ? Toute une section forme une haie d'honneur, fusil à l'épaule, devant le drapeau tricolore. Le Colonel et ses officiers, dans une tenue impeccable, rendent les honneurs à un jeune militaire. Qui est ce valeureux soldat, au garde à vous ? `Mazette'. On lui remet des galons de lieutenant ? Les roulements de tambour nous empêchent d'entendre le discours du colonel. À qui s'adresse-il ? Par petites bribes on a du mal à entendre. Je remarque, de loin, mon ami Roger près du colonel. Qu'a-t-il fait pour mériter cet éloge ? Dans son discours, l'officier supérieur dévoile l'identité du futur officier de l'armée belge. Il fait valoir le courage et la détermination du jeune homme à s'enrôler dans l'armée française sous un faux nom. Les nazis avaient occupé la Belgique. Dans un élan de courage, il préféra s'engager dans l'armée française sous un faux nom plutôt que de tomber sous les griffes des allemands. Il resta en contact avec son unité belge à Londres. L'armée belge lui signifiait d'attendre le moment propice pour rejoindre sa section en Angleterre. Il fit valoir aussitôt ses droits à l'autodétermination. Il appartenait à la noblesse belge, ce qui lui valut la considération des hautes autorités militaires françaises. L'hommage qui lui fut rendu par le colonel et ses officiers avait un aspect touchant et respectueux. Son grade de lieutenant de l'armée belge lui rendait sa dignité. Le moment était venu, pour lui, de reprendre sa véritable identité. Il me raconta son odyssée. Pour s'enrôler dans l'armée française, il lui fallait un nom d'emprunt. Fuir les Allemands qui occupaient déjà la Belgique comportait de gros risques. De peur d'être compromis, il avait gardé le secret de sa naissance. Je savais la gravité des messages codés, mais jamais je n'aurais imaginé leur importance ! Roger, à vos yeux, c'était le moyen d'entrer en relation avec les vôtres, hein ? Son sourire en disait long. Maintenant je connaissais son vrai nom. Près du départ, il me fit ses adieux. Son émotion était visible, mais sa joie de retrouver son armée l'était aussi. Il espérait revenir un jour, sitôt la guerre terminée.
La débâcle de l'armée allemande fut un désastre pour les nazis. La France, dans la bataille avait perdu un grand nombre de ses fils. La mort de mon premier filleul me parvint officiellement par l'armée. Il avait donné mon nom s'il tombait sous les balles allemandes. La mort de mon deuxième filleul, je l'ai appris par ses parents. Pauvres soldats morts au champ d'honneur. Impatiente d'avoir des nouvelles de Roger j'écrivis à sa sœur. Elle me donna de ses nouvelles en réponse à ma demande. Je ne me souviens plus exactement, mais il n'était pas tombé sous les balles de l'ennemi. En me quittant, il m'avait donné son adresse et le nom de sa sœur. J'espère qu'il aura survécu et heureux au milieu de sa famille.
Vous pouvez réagir ICI
"Le Maroc de ma jeunesse" L. Trojman.

Précédemment : Je le savais honnête et très pointilleux des convenances. Le lendemain, il vint à ma rencontre sans enthousiasme, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
-Quelle mine, mes aïeux ? Vous avez avalé une couleuvre, Roger ?
Rongé par le remord, il hésita un moment. Je l'encourage d'un sourire avenant.
-Rien de sérieux, j'espère ?
Il balbutia entre ses dents des mots indicibles que je compris à peine :
-Que dites-vous ? Ai-je mal entendu ?
Une conversation s'ensuivit sans que je puisse comprendre un traitre mot.
-Je suis désolé.
-Pourquoi êtes-vous désolé ?
-Je ne saurais vous le dire !
-Dites-le toujours ?
Il était au supplice et j'eus pitié de lui.
-Est-ce si grave de m'expliquer ce qui vous arrive ?
-Oui ! Vous avez eu confiance en moi ! Il ne fallait pas.
J'ai ouvert la lettre que vous m'avez confiée ! Stupéfaite, je restai un moment sans voix, une petite colère au fond des yeux.
-Qu'est-ce que j'entends? Dis-je avec un trémolo dans la voix. Loin de ma pensée d'imaginer qu'il pouvait se rendre coupable d'un abus de confiance.
-L'avez-vous postée, au moins !
-Oui ! Je l'ai refermée et mise à la boîte.
-Êtes-vous satisfait de son contenu ? C'est juste un filleul de guerre, vous savez !
Il baissa la tête, fuyant mon regard. Son air malheureux me parut une sentence sévère qu'il s'infligeait. Honteux de son geste, il me fit des excuses que j'acceptai facilement. Mais pourquoi diable m'avoua-t-il son méfait ? Un autre, à sa place, aurait gardé le secret. Pourquoi risquer de perdre une amitié ? Je fus séduite par son honnêteté. Sourire aux lèvres, je commençai à comprendre son état d'âme. Il savait que mon amitié était sincère ; je lui vouai une affection fraternelle. Jamais je n'aurais pu supposer que notre amitié était en danger. Le régiment La Coloniale attendait toujours un ordre de départ vers les fronts. Les combats s'intensifiaient de plus belle pour déloger l'ennemi du territoire français. Roger B. attendait toujours son ordre de départ pour une destination dont il était le seul à savoir. Un samedi matin, très tôt, le clairon, joué par un soldat sénégalais, nous réveilla en sursaut. C'était une de ces matinées qui nous invitait à la somnolence. Une journée de repos et de promenade. Que se passe-t-il chez nos voisins ? Quelque chose d'insolite nous met en éveil. Dans la cour de la caserne il y a un branle-bas à vous couper le souffle. Curieuses, nous voilà au-dessus du parapet. Toute une section de la coloniale, au garde à vous, entoure le drapeau tricolore. Tous les matins à l'aube, le clairon sonne le réveil des braves en hissant le drapeau aux trois couleurs, en présence de la garde d'honneur, quatre soldats au garde à vous ! Mais ce matin-là, ce n'était pas du tout la même sonnerie ! Une cérémonie à l'échelle du régiment se préparait sous nos yeux. Nous pouvions y assister, même derrière la clôture. Une vive émotion me prit à la gorge. Pour qui ce remue-ménage ? Toute une section forme une haie d'honneur, fusil à l'épaule, devant le drapeau tricolore. Le Colonel et ses officiers, dans une tenue impeccable, rendent les honneurs à un jeune militaire. Qui est ce valeureux soldat, au garde à vous ? `Mazette'. On lui remet des galons de lieutenant ? Les roulements de tambour nous empêchent d'entendre le discours du colonel. À qui s'adresse-il ? Par petites bribes on a du mal à entendre. Je remarque, de loin, mon ami Roger près du colonel. Qu'a-t-il fait pour mériter cet éloge ? Dans son discours, l'officier supérieur dévoile l'identité du futur officier de l'armée belge. Il fait valoir le courage et la détermination du jeune homme à s'enrôler dans l'armée française sous un faux nom. Les nazis avaient occupé la Belgique. Dans un élan de courage, il préféra s'engager dans l'armée française sous un faux nom plutôt que de tomber sous les griffes des allemands. Il resta en contact avec son unité belge à Londres. L'armée belge lui signifiait d'attendre le moment propice pour rejoindre sa section en Angleterre. Il fit valoir aussitôt ses droits à l'autodétermination. Il appartenait à la noblesse belge, ce qui lui valut la considération des hautes autorités militaires françaises. L'hommage qui lui fut rendu par le colonel et ses officiers avait un aspect touchant et respectueux. Son grade de lieutenant de l'armée belge lui rendait sa dignité. Le moment était venu, pour lui, de reprendre sa véritable identité. Il me raconta son odyssée. Pour s'enrôler dans l'armée française, il lui fallait un nom d'emprunt. Fuir les Allemands qui occupaient déjà la Belgique comportait de gros risques. De peur d'être compromis, il avait gardé le secret de sa naissance. Je savais la gravité des messages codés, mais jamais je n'aurais imaginé leur importance ! Roger, à vos yeux, c'était le moyen d'entrer en relation avec les vôtres, hein ? Son sourire en disait long. Maintenant je connaissais son vrai nom. Près du départ, il me fit ses adieux. Son émotion était visible, mais sa joie de retrouver son armée l'était aussi. Il espérait revenir un jour, sitôt la guerre terminée.
La débâcle de l'armée allemande fut un désastre pour les nazis. La France, dans la bataille avait perdu un grand nombre de ses fils. La mort de mon premier filleul me parvint officiellement par l'armée. Il avait donné mon nom s'il tombait sous les balles allemandes. La mort de mon deuxième filleul, je l'ai appris par ses parents. Pauvres soldats morts au champ d'honneur. Impatiente d'avoir des nouvelles de Roger j'écrivis à sa sœur. Elle me donna de ses nouvelles en réponse à ma demande. Je ne me souviens plus exactement, mais il n'était pas tombé sous les balles de l'ennemi. En me quittant, il m'avait donné son adresse et le nom de sa sœur. J'espère qu'il aura survécu et heureux au milieu de sa famille.
Vous pouvez réagir ICI