Inconnu
Proverbe chinois.
Alexandre DUMAS
J. L. FOURNIER (Mon dernier cheveu noir)
Xavier de Maistre
Laure CONAN
?
Une robe de femme, doit être comme une plaidoirie : assez longue pour couvrir le sujet, assez courte pour être suivie.
(Anonyme)Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent; les autres sont célibataires.
Charles Baudelaire
Pierre DAC
Emily DICKINSON
Albert MEMMI
"Une Question est stupide tant qu'elle n'est pas posée"
Proverbe chinois...EDITORIAL 4
"Le Maroc de ma jeunesse" L. Trojman.

Précédemment : L'obstacle est de taille. Mes larmes coulent sans que je puisse les arrêter. Mon beau rêve a pris l'eau.
Mon amoureux m'avait quitté mais il ne m'avait pas oublié.
Monsieur Lemoine aménagea un bureau près du mien. À qui allait-il servir ? C'était le nouveau service du Contentieux. Je vis arriver un homme grand, légèrement chauve, bien de sa personne qui prenait place comme directeur de ce Service. Il venait de France avec sa famille s'installer au Maroc. Cette famille avait vécu les horreurs de la guerre en Europe et en gardait de mauvais souvenirs. Il me parla de son frère, sans s'apitoyer outre mesure. Je fis la connaissance d'un homme handicapé physiquement. Âgé de trente-cinq ans, bien bâti, un sourire charmant radiait son visage. Il s'appelait Adolphe Karch, ses parents l'appelaient Ady. Son handicap physique pouvait paraître excessif aux yeux des autres, mais moi, je voyais, devant moi, un homme d'une grande bonté. Blessé à la guerre, il resta trois jours enseveli sous la neige et le froid glacial de l'hiver. Il fut sauvé de justesse, mais resta à demi paralysé. Sa mémoire défaillante lui causa des problèmes. La médecine réussit à améliorer son état, mais non complètement la parole. Il traînait sa jambe et mettait sa main gauche dans sa poche de pantalon. Difficile de s'exprimer, il avait une conversation entrecoupée, le mot ne pouvait sortir de sa bouche. Il venait d'un milieu aisé et bien connu de ses pairs. C'était, à n'en pas douté, une famille distinguée. Le soir, après le travail, nous allions à la terrasse d'un café pour siroter une limonade. Je l'avais présenté à mes parents et à mes sœurs afin de lui donner plus de chance d'être entouré par d'autres personnes que moi. Ma mère les invitait souvent pour une tasse de thé ou de café. Il était difficile de le prendre en pitié. Toujours bien mis, son air avenant le rendait sympathique. Je lui vouai une amitié sincère. Ma présence auprès de lui n'était que pure camaraderie. En peu de temps, il ne pouvait plus se passer de moi. Il n'osait pas me déclarer son amour, mais sa belle-sœur le fit à sa place. S'approchant de moi, elle me dit :
- Vous savez que mon beau-frère vous aime et veut vous demander en mariage !
Je ne savais pas que répondre.
- C'est un gentil garçon. Il vous rendra heureuse !
J'étais triste à l'idée de lui faire de la peine. Ne sachant quoi dire, j'eus recours au bon sens de ma mère. Maman les invita à prendre une tasse de thé, sans faire de commentaires. La belle-sœur, prenant son mal en patience, fit sa demande en mariage, sans attendre plus longtemps. Maman l'écouta attentivement, puis leur dit sans ambages :
- Ma fille est pleine de santé. Croyez-vous qu'une union soit possible ? J'aime le jeune homme. Mais je veux, aussi, le bonheur de ma fille. Je trouvai la solution de maman très astucieuse. Trois mois après cette demande en mariage, ma mère décéda subitement d'une embolie cérébrale causée par un excès de tension artérielle. Son décès prit une ampleur catastrophique pour nous tous. Son départ nous laissa tous dans le malheur. Elle était ma mère, mon amie et ma conseillère. Mon premier amour avait pris ses distances sans que je puisse réagir. Je pleurais deux chagrins à la fois. Oh ! Les angoisses des nuits blanches et les larmes des nuits noires m'apparaissaient terribles et tristes à mourir. Quel désespoir dans mon isolement total !
Déséquilibre moral :
La belle-sœur avait gardé l'espoir de me voir épouser son beau-frère. Je n'étais pas en mesure de réfléchir à ma situation. J'avais besoin de temps de réflexion pour savoir ce que je voulais. Le bonheur parfait je n'y croyais plus. Ce jeune homme que l'on me proposait avait un handicap, mais un cœur d'or. La belle-sœur profita de mon désarroi pour m'arracher mon consentement. Je n'étais pas amoureuse de lui. Je me jetai à corps perdu dans cette union ne sachant quel serait mon destin. Je remarquai son visage rayonnant de bonheur à l'idée de m'épouser. J'étais persuadée qu'il me fallait oublier le passé et faire en sorte d'apporter la félicité autour de moi. Je l'épousais le 7 mars 1951.
Six mois de vie commune, à Paris, m'avait rendu malade de désespoir. Sa mère était présente dans l'appartement, puisque nous vivions chez elle. Je décidai de retourner chez mon père, au Maroc.
- Je pars au Maroc pour l'anniversaire de la mort de ma mère ! Dis-je à mon mari.
- Je t'accompagne aussi. Le voyage ne se fera pas sans moi. Je vais avec ma femme là où elle va ! Dit-il à sa mère, qui lui rétorquait son désaccord à un départ précipité après 6 mois de vie commune.
Le voyage en bateau s'effectua sans anicroche. Nous faisions escale à Oran, en Algérie. Le voyage en train fut long et fatigant. J'avais l'espoir qu'en arrivant chez nous, le repos lui ferait grand bien. Malheureusement, il mourut à son arrivée chez nous, une heure après, dans une crise d'épilepsie, le 15 octobre 1951. Mon ancien soupirant en apprenant le décès de mon mari, vint me présenter ses condoléances. Le destin m'apparut logique : éloigner le fils de la mère à la mort de celui-ci. Après mon veuvage, la famille de mon défunt mari, m'empêcha de retourner à Paris. Moi-même je n'aurais jamais pu repartir sans lui. Mais du fait que j'étais mariée en bonne et due forme, ma tante jugea indécente cette façon de m'éconduire. Elle m'accompagna chez un notaire à Rabat. C'est ainsi que, deux mois plus tard, de passage à Rabat, en visite chez le notaire, je rencontrai mon cousin Élie.
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"Le Maroc de ma jeunesse" L. Trojman.

Précédemment : L'obstacle est de taille. Mes larmes coulent sans que je puisse les arrêter. Mon beau rêve a pris l'eau.
Mon amoureux m'avait quitté mais il ne m'avait pas oublié.
Monsieur Lemoine aménagea un bureau près du mien. À qui allait-il servir ? C'était le nouveau service du Contentieux. Je vis arriver un homme grand, légèrement chauve, bien de sa personne qui prenait place comme directeur de ce Service. Il venait de France avec sa famille s'installer au Maroc. Cette famille avait vécu les horreurs de la guerre en Europe et en gardait de mauvais souvenirs. Il me parla de son frère, sans s'apitoyer outre mesure. Je fis la connaissance d'un homme handicapé physiquement. Âgé de trente-cinq ans, bien bâti, un sourire charmant radiait son visage. Il s'appelait Adolphe Karch, ses parents l'appelaient Ady. Son handicap physique pouvait paraître excessif aux yeux des autres, mais moi, je voyais, devant moi, un homme d'une grande bonté. Blessé à la guerre, il resta trois jours enseveli sous la neige et le froid glacial de l'hiver. Il fut sauvé de justesse, mais resta à demi paralysé. Sa mémoire défaillante lui causa des problèmes. La médecine réussit à améliorer son état, mais non complètement la parole. Il traînait sa jambe et mettait sa main gauche dans sa poche de pantalon. Difficile de s'exprimer, il avait une conversation entrecoupée, le mot ne pouvait sortir de sa bouche. Il venait d'un milieu aisé et bien connu de ses pairs. C'était, à n'en pas douté, une famille distinguée. Le soir, après le travail, nous allions à la terrasse d'un café pour siroter une limonade. Je l'avais présenté à mes parents et à mes sœurs afin de lui donner plus de chance d'être entouré par d'autres personnes que moi. Ma mère les invitait souvent pour une tasse de thé ou de café. Il était difficile de le prendre en pitié. Toujours bien mis, son air avenant le rendait sympathique. Je lui vouai une amitié sincère. Ma présence auprès de lui n'était que pure camaraderie. En peu de temps, il ne pouvait plus se passer de moi. Il n'osait pas me déclarer son amour, mais sa belle-sœur le fit à sa place. S'approchant de moi, elle me dit :
- Vous savez que mon beau-frère vous aime et veut vous demander en mariage !
Je ne savais pas que répondre.
- C'est un gentil garçon. Il vous rendra heureuse !
J'étais triste à l'idée de lui faire de la peine. Ne sachant quoi dire, j'eus recours au bon sens de ma mère. Maman les invita à prendre une tasse de thé, sans faire de commentaires. La belle-sœur, prenant son mal en patience, fit sa demande en mariage, sans attendre plus longtemps. Maman l'écouta attentivement, puis leur dit sans ambages :
- Ma fille est pleine de santé. Croyez-vous qu'une union soit possible ? J'aime le jeune homme. Mais je veux, aussi, le bonheur de ma fille. Je trouvai la solution de maman très astucieuse. Trois mois après cette demande en mariage, ma mère décéda subitement d'une embolie cérébrale causée par un excès de tension artérielle. Son décès prit une ampleur catastrophique pour nous tous. Son départ nous laissa tous dans le malheur. Elle était ma mère, mon amie et ma conseillère. Mon premier amour avait pris ses distances sans que je puisse réagir. Je pleurais deux chagrins à la fois. Oh ! Les angoisses des nuits blanches et les larmes des nuits noires m'apparaissaient terribles et tristes à mourir. Quel désespoir dans mon isolement total !
Déséquilibre moral :
La belle-sœur avait gardé l'espoir de me voir épouser son beau-frère. Je n'étais pas en mesure de réfléchir à ma situation. J'avais besoin de temps de réflexion pour savoir ce que je voulais. Le bonheur parfait je n'y croyais plus. Ce jeune homme que l'on me proposait avait un handicap, mais un cœur d'or. La belle-sœur profita de mon désarroi pour m'arracher mon consentement. Je n'étais pas amoureuse de lui. Je me jetai à corps perdu dans cette union ne sachant quel serait mon destin. Je remarquai son visage rayonnant de bonheur à l'idée de m'épouser. J'étais persuadée qu'il me fallait oublier le passé et faire en sorte d'apporter la félicité autour de moi. Je l'épousais le 7 mars 1951.
Six mois de vie commune, à Paris, m'avait rendu malade de désespoir. Sa mère était présente dans l'appartement, puisque nous vivions chez elle. Je décidai de retourner chez mon père, au Maroc.
- Je pars au Maroc pour l'anniversaire de la mort de ma mère ! Dis-je à mon mari.
- Je t'accompagne aussi. Le voyage ne se fera pas sans moi. Je vais avec ma femme là où elle va ! Dit-il à sa mère, qui lui rétorquait son désaccord à un départ précipité après 6 mois de vie commune.
Le voyage en bateau s'effectua sans anicroche. Nous faisions escale à Oran, en Algérie. Le voyage en train fut long et fatigant. J'avais l'espoir qu'en arrivant chez nous, le repos lui ferait grand bien. Malheureusement, il mourut à son arrivée chez nous, une heure après, dans une crise d'épilepsie, le 15 octobre 1951. Mon ancien soupirant en apprenant le décès de mon mari, vint me présenter ses condoléances. Le destin m'apparut logique : éloigner le fils de la mère à la mort de celui-ci. Après mon veuvage, la famille de mon défunt mari, m'empêcha de retourner à Paris. Moi-même je n'aurais jamais pu repartir sans lui. Mais du fait que j'étais mariée en bonne et due forme, ma tante jugea indécente cette façon de m'éconduire. Elle m'accompagna chez un notaire à Rabat. C'est ainsi que, deux mois plus tard, de passage à Rabat, en visite chez le notaire, je rencontrai mon cousin Élie.
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