Une robe de femme, doit être comme une plaidoirie : assez longue pour couvrir le sujet, assez courte pour être suivie.
Certains hommes n'ont que ce qu'ils méritent; les autres sont célibataires.
"Une Question est stupide tant qu'elle n'est pas posée"
"Le Maroc de ma jeunesse" L. Trojman.

Précédemment : C'était une journée où chaque marocain avait à cœur de la rendre luxueuse. Un étalage de tentures de couleurs vives tombant en cascade sur les murs de leur boutique décore l'espace aménagé pour l'occasion.
Parterre, des tapis d'orient, de style byzantin sont placés au sol, mettant en valeur le fonds de commerce. Au plafond, une mosaïque de lampions multicolores donne à la pièce une lumière tamisée. Je ne saurais décrire la finesse et l'harmonie des lieux, fait dans un style oriental de toute beauté. Mais je puis vous assurer que la féerie existe. Cet aménagement du fonds de commerce dirigé par des maîtres d'œuvre a un effet magique. À l'entrée, on aperçoit un beau salon de thé marocain qui invite à la dégustation des pâtisseries d'un goût exquis. La médina à un visage très différend que l'on connait à peine. Les marocains ont mis leurs beaux habits tout neuf pour la circonstance. Les rues sont bondées de jeunes gens, les filles recouvertes de leur, mêlent leurs you-you à des rires et des chants patriotiques. Des ménestrels et des saltimbanques se produisent en spectacle dans les rues. Leur musique folklorique a de quoi réjouir la galerie. À la tombée de la nuit, les rues de la médina sont illuminées par des réverbères où flottent des drapeaux à l'effigie du souverain. Une foule s'interpellant, marchant coude à coude, scande des slogans de longévité à leur roi.
-Longue vie à notre souverain bien-aimé !
-Longue vie à Sa Majesté Mohammed V, sultan du Maroc.
Je laisse derrière moi, cette foule en délire pour me diriger vers l'intérieur. Ma promenade me mène dans une rue achalandée de petits commerces. Leur devanture, si bien agencée, mérite qu'on s'y arrête. Les femmes marocaines, à la démarche majestueuse, déambulent dans les rues en devisant avec leur voisine. Les hommes vêtus d'une djellaba blanche, accompagnent leur famille. Leurs petits, tenant le père par la main, tiennent un tourniquet musical qu'ils font tourner en criant de plaisir. Tout au long de ma promenade, j'admire ces endroits décorés à la mode orientale. Le changement complet de l'intérieur du fond commercial est indéniable. Un beau salon de thé apparaît comme par magie. Devant l'entrée, de chaque côté, on remarque deux petites épinettes qui font penser à des soldats de plomb faisant le guet. Ces petits arbustes verts lancent des regards malicieux invitant les passants à entrer. Assis sur un coussin, l'hôte est prêt à recevoir ses invités. Il prépare le thé à la menthe. Près de lui, posés sur un grand plateau de cuivre, de petits verres à thé ciselés d'or, et théières en argent massif, attendent les visiteurs. Un samovar russe, en cuivre massif ciselé avec art, donne de l'eau bouillante, nécessaire au remplissage des théières. Ce samovar, de fabrication russe, ajoute à la beauté du service. Des gâteaux succulents faits par des mains expertes : à la pâte feuilletée roulée dans le miel, aux amandes, aux pistaches, aux noix et noisettes, font les délices des convives. Présenté dans de petites assiettes, ce mélange délicieux ne laisse personne indifférent. Vers 18 h commence alors la tournée des grands ducs. Les officiels, porte-paroles de Sa Majesté, Sultan du Maroc, effectuent une visite de courtoisie aux communautés représentatives. Le grand vizir, le pacha, le cadi, et les dignitaires français, sont reçus avec des égards et révérence par les hôtes des lieux. De gracieuses jeunes filles marocaines, en tenue d'apparat, présentent à leurs Excellences, le thé à la menthe servi dans ces jolis petits verres ciselés d'or. La présentation de petits gâteaux marocains offerts dans les petites assiettes de porcelaine, font la joie des convives.
22 h ! La brise du soir crée des ombres avec les lampadaires. On dirait des fantômes participant à la danse de nuit. J'entends, au loin, la musique militaire. C'est l'heure d'entamer la retraite aux flambeaux. Une compagnie de tirailleurs marocains scande la marche, une chandelle à la main. Cette parade est magnifique dans cette nuit étoilée. D'autres ont organisés des feux d'artifice et feux de Bengale afin de terminer la soirée en beauté. Les gens, le nez en l'air, s'extasient devant ces beaux tableaux de lumière, de couleurs en criant d'admiration. La soirée terminée, les flâneurs ont du mal à quitter les lieux. La vie des citadins reprend son rythme aux petites heures du matin. Les années passent et les souvenirs restent. Après cet épisode de ma vie, je n'ai plus jamais revu de fêtes semblables.
En 1911, mes grands-parents découvrirent un royaume encore archaïque. C'était des bédouins nomades qui vivaient dans des tentes de toile, s'éclairant à la lampe à carbure. L'électricité était encore inconnue dans le pays. Ils avaient gardé leur culture ancestrale, vivant comme au moyen âge. Sans État-civil ni Cadastre, les terrains se vendaient sans contrat de vente, simplement sur la parole de deux témoins marocains, nous disait ma grand-mère. La France voulut apporter au Maroc un air de renouveau. Un chef arabe, jugeant mal la venue d'étrangers dans son pays, fit la guerre à l'armée française. Ce fut la guerre du Rif (Montagnes du moyen Atlas).
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