EDITORIAL 4

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MON RETOUR Á KÉNITRA EN 1998.(Suite)

Malgré notre fatigue, nous échangeons les nouvelles des uns et des autres, façon de meubler le temps en attendant que le maître des lieux arrive, car aujourd'hui il s'est rendu à la pêche aux black bass, dans un lac situé à une quarantaine de kilomètres d'ici, et dont je ne me souviens plus du nom. Il arrivera en fin de soirée, avec un couffin plein de poissons visqueux qu'il se met, en hâte de nettoyer méticuleusement, enlevant les écailles, l'intérieur, les rinçant bien avant que de les envelopper dans des sacs plastiques et les mettre dans l'un des deux énormes congélateurs, qui sont dans les pièces du fond. Tout en assurant ce nettoyage, nous discutons mais vraiment comme si nous nous étions quittés il y a peu. Une fois fait, il laisse l'emplacement de la cuisine utilisé parfaitement clean, pour qu'à son tour Myriam opère afin de nourrir 2 bouches supplémentaires, mais comme c'est une magicienne et que le frigo et les congélateurs sont pleins, elle n'a aucun mal à nous restaurer, d'autant que la boulangerie-épicierie-tabac n'est pas loin et que Denis & Yacine sont désignés pour aller acheter 2 baguettes.

Robert avouera sans honte, qu'il ne peut pas m'offrir l'apéritif, ni de vin attendu qu'il n'a pas les moyens, et que je ne l'ai pas prévenu de mon arrivée. Car il faut dire que maintenant ils ont le téléphone sur place, mais n'ayant pas eu connaissance de ce progrès dans leur vie quotidienne, je ne pouvais pas les prévenir du jour et heure de mon arrivée, ils en étaient donc restés à une approximation de date : le 5 ou le 6 avais-je indiqué dans mes précédentes lettres.

Il semblerait que notre arrivée soit opportune car je devine à demi-mot qu'il attendait un mandat, qu'il allait devoir payer ses dettes au marché etc... c'est vrai que nous sommes en début de mois, et que pour ces gens là les échéances se paient avec un élastique, mais toujours avec le sourire. De plus Myriam semble tenir à ce que nous restions, m'invite même à me servir du téléphone pour rassurer les autres personnes qui auraient été susceptibles de nous recevoir, c'est à dire la communauté salésienne de Kénitra, qui nous avait proposé 2 chambres de coopérants actuellement en vacances en France. Elle m'installe même un combiné de téléphone à la tête de mon lit offrant ainsi la discrétion de mes communications. Je ne m'en servirai qu'une fois, et,c'est aujourd'hui, pour annoncer donc au père Desramaut que nous sommes bien arrivés, et que nos amis de Méhédya peuvent, sans problème nous recevoir. Il me remercie de la démarche, et lui dis que je passerai, dès le lendemain lundi, les saluer lui et son confrère.

Sur ce, nous passons à table et comme pour l'enfant prodigue, Myriam sort tout ce qu'elle a de meilleurs, c'est à dire des tranches de jambon cru, du pâté de tête de sanglier et puisqu'elle avait senti que j'avais flashé sur les Black bass, en avait préparés (des congelés) en tajine. Inutile de te dire que nous nous sommes régalés avec Denis, inutile de te dire aussi que Myriam a fait honneur à tout, même à la viande de porc et de sanglier, malgré les quolibets de son compagnon qui nous hérissent le poil, mais contre lesquels nous ne pouvons pas grand chose, attendu que nous sommes que les invités. Heureusement que Myriam connaît son bonhomme, nous aussi bien sûr, et que sous ses apparences bourrues se cache un cœur généreux, il a voulu épouser Myriam, mais sa famille s'y est opposée, alors il lui a fait don de tout ce qu'il possédait, s' il venait à disparaître, je crois que c'est bien là une preuve d'amour, mais ce n'est pas pour autant qu'il peut se permettre à tout bout de champ, de les traiter elle & Yacine de tous les noms d'oiseaux. Denis qui n'est plus un enfant, ressent la même chose que moi, se contient, mais reste mal à l'aise à l'écoute de pareilles réflexions, qui même dites sur le ton de la plaisanterie, restent toujours blessantes. Ça sera la seule ombre à notre séjour à Méhédya, ça doit faire aussi partie du récit. Je tenterai, chaque fois qu'il me sera possible, subtilement de tourner en dérision ses sarcasmes façon de montrer à Myriam et Yacine que nous ne partageons pas ses plaisanteries.

Le repas tire à sa fin, la journée aussi, Robert nous rassure quant aux possibilités que nous avons de nous électrocuter en prenant la douche, c'est pour ça qu'il y a un sac plastique autour des robinets, nous indique aussi l'heure à laquelle nous devrons être levés (7 h.), car c'est l'heure à la quelle les chiens veulent aller pisser, et sur ces bonnes consignes nous allons sur la terrasse, bien éclairée, profiter du bon air marin. Malheureusement ce soir, la brume a fini de tomber sur la plage, autour des lumières il y a un gros halo épais, jaune brillant, les potences électriques qui alimentent la villa en courant, étincellent à qui mieux-mieux, la lumière sur la terrasse vacille au même rythme. Pas un parfum de galant de nuit (cestrum nocturnum), mais tout de même celui iodé de la mer dont on perçoit le ressac lointain, malgré l'animation résiduelle des Méhédyaouis noctambules. Denis s'est habillé en jeune, avec un de ses T-shirts ramenés du Vietnam, ses pantalons Décathlon et ses contrefaçons de Nike. Il est parti avec Yacine, draguer dans Méhédya. Quant à moi, après avoir dit bonsoir à tout le monde, je rejoins mon lit, me glisse dans mon sac de couchage et m'endors content de cette première journée au pays.

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